Philologie d'Orient et d'Occident (484) : le 02/10, 21 Tokyo Kudo S.

Reflets métalliques sur le site de Sannaï-Maruyama (2)

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Dieu grec représenté dans une gravure de l’époque de Tang chinois du VIIIe siècle (photo chez NHK, Tokyo)

  J'ai d'abord cru que l'animal représenté était un lion, ce qui m'a fait penser au lion de Némée et à Héraklès, mais ce n'était pas possible, car Héraklès était adolescent lorsqu'il a tué le lion de Némée. En regardant de plus près, j'ai cru comprendre que l'animal était Cerbère, le chien des enfers avec ses trois têtes. Le dieu serait donc Pluton, le dieu des enfers.  - Jean-Pierre Levet –

 

  Les métaux étaient déjà largement employés à l'époque homérique dans la Grèce antique, c’est-à-dire, au troisième millénaire B P. un peu après l’Égypte des périodes des pyramides anciennes et la floraison des empires Hittites qui passent pour des pays précurseurs dans la fonte des métaux. Les emplois en Grèce se répartissaient en trois domaines : le combat, le quotidien et les cérémonies rituelles. 

  Dans un passage du chant XXIII de l’Iliade, on parle d’un bloc de fer brut alors utilisé tout spécialement dans les travaux des champs : il s’agit en réalité d’un disque de fer, prisé et malléable, d’habitude en emploi aux épreuves athlétiques de jet. Le berger ou le laboureur, agriculteur asservi travaillant dans la propriété du guerrier n’aura pas eu à s’évertuer à se fournir par lui-même. Car, « pour le berger ou le laboureur, qui pouvait profiter du don du propriétaire qui a gagné le bloc de métal dans l’un des jeux organisés par Achille à l’occasion des funérailles de Patrocle, il en aura pour cinq ans révolus à l’user. Même étant court de fer, ils n’auraient pas à se rendre en ville pour s’en procurer » (v. 833-835, selon la traduction de Mario Meunier, éd. Le Livre de Poche, Albin Michel, 1956)

  La description d’Homère nous apprend là-dessus que le métal n’était pas seulement employé au combat (armes offensives et défensives: tout ce que portent sur eux les hoplites: bouclier, cuirasses, rondache revêtue de fer, lance, pointe de javelot, fer de flèche, heaume, casque, épée et char, fers du cheval), pour les outils quotidiens: bassin, chaudron, casserole, etc. de même que pour les instruments agricoles (houe, bêche pour ameublir ou retourner la terre ; faux pour couper quoi que ce soit : herbes, céréales et même pour l’ennemi).

  Le dernier emploi est important, car il concernait directement l’agriculture, industrie nourricière des belligérants comme des non-belligérants. L’argent faisant défaut, c’était le nerf de la guerre.

  L’énigme de l’absence de trace du métal utilisé sur le site antique de Sannaï-Maruyama (vers cinq mille ans B P.) au nord du Japon masque en réalité, nous semble-t-il, quelques mystères difficilement explicables.

  Nous ne pouvons croire l’hypothèse selon laquelle l’art de fonte de fer dans les plus anciens empires de Chine, Xià-Shang-Yïn 夏 商 殷 établis tous les trois depuis quatre millénaires, soit d'origine occidentale, voire, hittite (cf. billet 482). Nous voudrions plutôt nous faire à l’idée que la Chine avait déjà découvert indépendamment la même technique que les empires anatoliens.

  Comment la cité de Sannaï-Maruyama, située dans la vaste et même sphère de civilisation circulaire de l’Extrême-Orient, put-elle se trouver en dehors des métaux dont l’usage était courant ailleurs à l’époque ? Et cela même, bien longtemps, pendant mille cinq cents ans sans laisser aucune trace sur place ?

   Nous avons évoqué l'hypothèse de l’acidité du sol et l’humidité extrême du pays qui ne permettaient pas aux métaux de se conserver longtemps comme dans le sol alcalin des déserts d’Occident.

   Y a-t-il d’autres raisons ? Il arrive parfois que les insulaires aient une sorte de préjugé, voire, de mépris  envers les étrangers. Les Aïnou, premiers habitants de l’archipel, y étaient arrivés par le nord du continent asiatique et occupaient le pays depuis plus d’une vingtaine de siècles avant l'ère chrétienne. Ils ont rencontré l'animosité insulaire. Leur langue, moitié éteinte à présent, sans écriture et donc très conservatrice, s’avère très différente du japonais actuel. La langue est une expression d’une idéologie qui commandait les rites de la cité antique. Les participants aux rites n’auraient pas été autres qu’eux, les Aïnou.

   La longue période en activité de Sannaï, cinq mille ans B P, n’était pas perturbée par d’autres que de la même ethnie. Les Aïnou savaient subsister en paix (et ils le sont toujours), contents de ce que leur donnait la Nature foncièrement clémente. C'est beaucoup plus tard que les hommes qui se sont introduits tardivement dans l’archipel par le sud-ouest commencèrent à inquiéter la paix de l’Arcadie du Japon nordique. (À suivre)