Philologie d'Orient et d'Occident (380)  

Le 04/07/2017    Tokyo   K. 

 Un tour de l'Ouest de la France (5): Nantes, Angers et Rennes

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Château des ducs d'Anjou (Angers: photo par K.)

 

   L'essor des grands ports, Nantes, Lorient, Brest, sinon Saint-Malo, est spectaculaire: Nantes, grâce à l'immoral trafic des esclaves noirs entre Afrique et Amérique, passe de 45 000 habitants, au XVIIe siècle, à 85 000, en 1789. (Le Roy Ladurie: Histoire de France des Régions, Seuil 2001, p 84).

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   Un jour pendant mon séjour à Nantes (du 16 au 22 avril, 2017), je suis parti revoir Angers. "Revoir", ai-je dit, car j'étais venu autrefois, en mai 1986, dans la métropole angevine, située à 90 km en amont sur la Loire. C'était pour rendre visite à mes deux anciennes étudiantes qui poursuivaient leur cursus à l'université catholique d'Angers. Résidant alors à Poitiers, j'ai eu à accomplir un trajet en train un peu compliqué: de Poitiers à Angers il y avait deux changements à faire: à St-Pierre-des-Corps et à Tours. Le service de bus interrégional n'existait pas encore.

   Devant la gare d'Angers, les quartiers encombrés, m'avait-il semblé, étaient cette fois complètement dégagés, méconnaissables. Sans les panneaux indicateurs bleu sur blanc, partout présents, on n'aurait pu savoir où on se trouvait. L'impossible château des ducs d'Anjou, seul dans mon souvenir, trônait intact. Les lignes de tramway dont je ne me rappelle pas avoir remarqué la présence il y a trente ans à Angers faisaient trotter maintenant des wagons tout pareils à ceux de Nantes.

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   Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), petit bourg où naquit Julien Gracq (1910-2007), se situe entre Nantes (Loire-Atlantique) et Angers (Maine-et-Loire), plus proche d'Angers que de Nantes. Selon l'écrivain,  (...) tout: les commodités, la distance, le pli administratif, les relations de famille et de commerce, liait le Saint-Florent de mon enfance au chef-lieu officiel [Angers], où mon père et ma mère avaient passé leurs années de collège, comme le faisaient tous les enfants des notables, ou semi-notables, florentais. (Julien Gracq, La Forme d'une ville, José Corti, 1985, p11). N'empêche, "sa" ville était Nantes, et non Angers.

   Pour le jeune Louis Poirier, une ville sans tramways figurait-elle (...) l'équivalent de ce que pouvait être un pays sans chemins de fer: (ibid. p. 19). Petits, malingres, hauts sur roues, desservant un réseau peu fourni, je n'ai jamais pu faire grand cas des tramways angevins: ceux de Nantes, plus longs, mieux carénés, d'une couleur avenante de beurre frais, (...) (ibid. 20).

   Les tramways actuels de Nantes, aux abords agréables, n'étaient plus les tortillards en forme de cocons que j'avais vus voici trente ans. Je ne sais plus combien de lignes il y avait à Nantes. Sur le plan de la ville, l'Angers actuelle n'aurait toujours qu'une ligne de tram, alors que Nantes en a trois. Julien Gracq arriva à l'École Normale en passant du lycée Clémenceau (à Nantes à trois lignes de tram) au lycée Henri IV (dans Paris aux multiples lignes de métro et de bus). 

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   Le XIXe siècle fut le grand moment du développement des réseaux ferroviaires en France, ce dont un Proust aurait profité pour voyager en Bretagne (cf. billets 95, 96). Le colonialisme et les applications techniques de découvertes scientifiques avaient fait naître des industries entièrement nouvelles. Le besoin de plus en plus pressant de mains-d'œuvre a fini par créer parmi les citadins sans terre deux types d'existence: celle des patrons et celle des ouvriers quasiment réduits à la servitude. Le clivage entre les riches et les pauvres s'est accentué. La loi sur l'esclavage: abolitionniste sous la Révolution, légalitaire de Napoléon, prohibitive de la Restauration, n'a jamais été effective.

    Le général Négrier (!) (1788-1848) du Mans, qui, après avoir servi, comme le limousin Bugeaud (cf. billet 379), sous Napoléon, était toujours engagé en campagne en Afrique du nord. Alexis de Tocqueville (cf. billet 317), quoiqu'il eût une idée de colonie différente de celle de ces militaires, était colonialiste pour de bon. La colonisation de l'Algérie fut maintenue.

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    Dès le XVIIIe siècle déjà, Rennes, et non pas Angers, manœuvrait avec Nantes. La noblesse régionale [de Rennes], (...), est enrichie, souple, flexible, pourvue d'argent, mais aussi de culture; (...); elle pratique sans complexes un commerce colonial hautement rentable; ses fils épousent les héritières bien dotées des négriers de Nantes; (...) (Le Roy Ladurie, op. cit. p. 87)  (À suivre)