Philologie d'Orient et d'Occident (376)

                                                         Le 08/05/2017    Tokyo   K.

Un tour de l'Ouest de la France (1)

Nantes, l'autre forme d'une ville

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Photo: Hitoshi Wada

« Cette photo a été prise du chemin de ronde du château, en direction de la cathédrale.

    C'est la rue Prémion.» - Henri Habrias                                                                                                                                                    

   Il n'a pas plu à Nantes. Le beau fixe, frais et venteux, a duré une semaine, du 16 au 23 avril. Pendant mon séjour, pas une seule goutte d'eau sur le sol de cette côte ouest de la France. Les éboueurs de la municipalité en grève depuis, dit-on, six semaines savaient faire revêtir aux rues nantaises un peu le même aspect qu'elles avaient à Naples où je me suis rendu, il y a quatre ans, en mars.

   Après une petite visite en groupe au IXe Salon international de patchwork "Pour l'Amour du Fil" (cf. billet 375) où je n'assumais pas d'autre rôle que celui de spectateur, j'ai projeté de parcourir sans voiture (c'est-à-dire, en bus ou en train, non pas à pied ni à vélo comme je l'avais fait il y a cinquante ans) une partie du Sud-Ouest de la France: de Nantes à Sarlat en passant par les villes ou sites: Angers, Poitiers, Limoges, Périgueux, Brantôme, Lascaux et Sarlat.

   Toutes ces villes ou sites pittoresques que j'avais connus au moins une fois dans ma vie (sauf Lascaux) se trouvent épargnés des bruyants touristes étrangers qu'intéresse uniquement la Capitale, Paris, mégalopole un peu trop cosmopolite. On peut maintenant se dispenser d'y séjourner pour filer directement en TGV depuis l'aéroport Charles de Gaulle vers les grandes villes de province.

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   Je me suis déjà rendu plusieurs fois dans la ville de Jules Verne sans apprendre grand-chose de ce qu'il y a d'original: de social, d'économique, de politique voire d'historique. Cette fois cependant, un heureux hasard m'a permis de la connaître bien mieux et en détails que dans mes petites visites précédentes. Ce hasard est la présence, dans la ville, d'Henri Habrias (cf. billets 373, 374), professeur émerite de l'université de Nantes, diplômé de l'université de Poitiers où je m'étais inscrit avant lui. On s'est connu tout récemment par nos échanges en ligne du début de l'année.

   Au moment où j'étais étudiant à Poitiers dans les années soixante, Nantes, comme ville universitaire, était inconnue à un simple étudiant étranger, fraîchement débarqué dans l'Hexagone. À la suite de la Grande Révolution où on vit abolir toutes les anciennes universités, Napoléon institua l'Université Impériale dont la Faculté de Nantes ne faisait pas partie. C'est seulement au début des années 1960 que fut rétablie l'université de Nantes. Elle est flanquée actuellement d'un département de Langue japonaise dont ne dispose aucune autre université à proximité. Dotée d'un club de foot de catégorie A, Nantes est la sixième ville de France en nombre d'habitants, surclassant de loin Poitiers.

   Voici comment s'expliquerait l'oubli (?) de Napoléon. 

   En contraste avec Poitiers où le roi de France et les grands docteurs parisiens s'étaient réfugiés pendant la Guerre de Cent ans (c'était ces derniers qui examinèrent le cas de Jeanne d'Arc, créant ainsi le comité qui préparerait l'université), Nantes, au sud de la Bretagne, prospère par le commerce fluvial ou maritime et puissante par ses ducs de Bretagne et d'Anjou qui pouvaient défier le roi de France, se réservait toujours une certaine distance à l'égard du pouvoir royal, future autorité centrale.

   La promulgation d'un édit de tolérance religieuse à Nantes (1598) n'était pas un simple acte juridique imaginé au cours d'un tour royal en province. Henri IV, néophyte catholique (jadis protestant), a dû réfléchir sérieusement aux effets que devait donner cet édit à la ville longtemps "ligueuse" (cf. la Sainte Ligue, coalition des Grands afin de contrecarrer le protestantisme). L'Édit devait être promulgué à Nantes où les nouvelles idées économiques rivalisaient avec l'ancienne prérogative féodale de la noblesse.

   Non seulement à Nantes mais dans tout le royaume, l'Édit allait profiter aux gens nouveaux: bourgeois, commerçants, artisans et entrepreneurs de tous genres, au détriment de l'ancienne classe terrienne. Une fois l'Édit révoqué en 1685 par le petit fils de Henri IV, Nantes se lança dans le commerce avec les colonies et l'Afrique: les Nantais se mirent à transporter du sucre, du tabac, du café et surtout des esclaves.  (À suivre)