Philologie d'Orient et d'Occident (375)

                                         Le 25/04/2017   Tokyo,  K.

Misao Wada, poète artiste d'appliqué, au 9e salon international

Pour l'Amour du Fil à Nantes

IMG_0034

Couverture de l'album Misao (Photo: Hitoshi Wada)

   L'auteur de ce billet, résidant normalement à Tokyo, séjourne depuis le 16 avril, à Nantes. La ville de Jules Verne et de Julien Gracq (La Forme d'une ville) est, en ce moment, comme toutes les grandes villes de France, en pleine ferveur politique. Avant que ce billet soit publié sur Internet, on aura su l'issue du premier tour des présidentielles qui décidera du sort de l'Europe (On vient d'en être informé !).

   J'accompagne Hitoshi Wada et son épouse Misao, illustratrice de mon blog. Peu frottés de la langue de l'Hexagone, tous deux sont originaires de Takayama, vieille ville blottie dans les Alpes japonaises. Misao doit assurer à Nantes un atelier d'appliqué au neuvième Salon international des arts: Pour l'Amour du Fil. À l'occasion, elle fête son premier recueil publié: Poésie cousue (Quiltmania mars, 2017).

   Dans son livre assez original figurent des photos de ses œuvres d'art en chutes de tissus anciens dont huit disposent de waka. Les waka sont de courts poèmes en japonais de 31 syllabes rythmées: 5-7-5-7-7. Le haiku rimé en 5-7-5 en est issu. L'artiste excelle dans cet art depuis sa jeunesse. Ses waka font état, sinon mieux mais autant, de la qualité exceptionnelle d'une âme poétique.

   J'essaie de traduire ces waka pour le public non initié à la langue japonaise. La totalité des waka cités est présentée en calligraphie, c'est-à-dire, disposée à la verticale, sobrement. Dans ma présentation, chaque waka est flanqué d'un texte japonais en typographie standard, d'une transcription en caractères latins, et enfin d'une traduction en français.

    - - - - - -

1) 月仰ぎ ホテルへの道 疲れしか 回転木馬も 広場に眠る

  Tsuki-aogi  hoteru-e-no michi  tsukareshi-ka  kaitenmokuba-mo hiroba-ni nemuru

Sous la lune, retour à l'hôtel. Fourbus, les chevaux du manège s'assoupissent Place de la République. (il s'agit de la place de la République à Limoges)

2) マロニエの 花が突然 雨にぬれ ナントの空は 感情持つがに

  Maronie-no  hana-ga totsuzen  ame-ni nure  nanto-no sora-wa  kanjou motsu-ga-ni

Les marronniers en fleur essuient une averse, comme si le ciel de Nantes en avait l'intention. 

3) 師もガウディも 「自然が教師」と教えたり いつも頭に 置くことばなり

   Shi-mo gaudi-mo "sizen-ga kyôshi" to oshietari  itsumo atama-ni oku kotoba-nari

 Mon maître et Gaudi ont déclaré: le maître, c'est la Nature. La devise est toujours dans ma tête.

4) 悲しみを でんでん虫は 背負いつつ 生きてゐるのだと 南吉は言ふ

  kanashimi-o  dendenmushi-wa  seoi-tsutsu  ikite-wirunoda-to  Nankichi-wa ifu

Une tristesse sur le dos, les escargots sont en vie, affirme Père Nankichi

5) 老い父が 「のら」と名付けし 野良猫は 気ままに来ては 餌ねだりゆく

  Oi-chichi-ga "nora"-to nazukeshi noraneko-wa  kimama-ni kite-wa esa nedari-yuku

 Nommé par Pépé, Nora ("Des Champs"), le chat des champs vient tout à loisir chercher de quoi manger.

6) 子孫繁栄の シンボルといふ 石榴ゆゑ 茶碗に描く 陶房に来て

  Shison-han'ei-no sinboru-to ifu zakuro-yuwe  chawan-ni egaku toubou-ni-kite

À l'atelier de poterie, je dessine sur une tasse de thé une grenade, symbole de descendance prospère.

7) 荒々しきタッチの 白き壺を買ふ オールドローズの 似合ふと思ひて

  Ara-arashiki-tacchi-no shiroki-tsubo-wo kafu  ôrudo rôzu-no niau-to omofi-te

Je m'achète un pot blanc au toucher rugueux, l'estimant en harmonie avec les roses anglaises.

8) さわさわと葉のスクラムに風渡り 伝言ゲームのような蓮沼

  Sawasawa-to ha-no sukuramu-ni kaze watari  dengon-gêmu-no-youna hasunuma

Frou-frou, un vent passe sur les feuilles superposées comme le jeu de messages transmis: mare aux lotus.    (Traduction: K.)