Philologie d'Orient et d'Occident (374)

                                         Le 11/04/2017    Tokyo   K.

Note complémentaire sur le mot berrichon biaude (= blouse)

 Suite aux quatre mots dialectaux de Bardèche

DSC_0344

Sole par Misao Wada (cousu main)

 

   J'ai un peu mal à m'éloigner de ce thème de Bardèche "biaude (= blouse)", car c'est un bon échantillon de vocabulaire, constitué de divers éléments éventuels: méditerranéen, germanique ou celtique, susceptibles de rendre compte d'une longue et tortueuse histoire: la langue française. Entre-temps, j'ai eu le plaisir de recevoir, par l'intermédiaire d’un lecteur (Henri Habrias), des informations sur le celtique «blautha» censé être une origine de l'occitan blauda (= blouse; soutane).

   M. Habrias, excellent blogueur en occitan, est diplômé de l’université de Poitiers, spécialiste d’Informatique à l’université de Nantes, originaire de Saint-Yrieix-la-Perche en Limousin. Il nous a transmis au sujet du vêtement les propos de Yves Lavalade (cf. billet 373), que nous reproduisons intégralement en trois paragraphes pour faciliter le commentaire:

 1)  «A propos de la BLAUDA (on dit aussi BELOSA, en Corrèze; mais ce terme me paraît bien moins intéressant que le précédent) : j'ai pu remonter la piste, qui est bien lointaine. J'avais trouvé l'information dans un tome 3, consacré à la Langue des Celtes et des Gaulois, p. 54, d'une édition faite par le Centre Régional de Documentation Pédagogique de Paris; 2e édition, de 1985; auteur Jean-M. Ricolfis [1927-2007]».

2)  «Si "blautha" est fondé, le limousin est dans la droite ligne et d'une clarté limpide. Le mot BLAUDA est (était) très familier. On l'emploie aussi en dérivés : BLAUDON, BLAUDASSA. La BLAUDA est la toile sous le manteau d'une cheminée qui empêche efficacement la fumée de se répandre dans la pièce, la cuisine (LA MAISON)».

3)  «Il y a encore peu d'années, l'on voyait à Limoges, aux restaurants populaires des Halles (L'ALA) un accordéoniste qui jouait pour son seul plaisir (et celui des convives) des bourrées et autres airs limousins. Il portait une BLAUDA bleu clair nouée autour du cou, foulard rouge et chapeau. On lui donnait quelque pièce. La BLAUDA n'était portée que par les hommes, lors des jours de foire ou pour aller à l'extérieur. Un correspondant du Croissant la dit "biaude", comme dans le reste du Berry; où l'homme au travail ne la portait pas, mais la remplaçait par un "bourgeron", veste en gros velours côtelé, épais, ne craignant rien, ni l'eau ni la terre

    Note 1. Ni la phonétique ni la grammaire du celte (ou gaulois) ne sont suffisamment claires, faute d'assez de documents épigraphiques. La piste que Yves Lavalade aurait pu y trouver reste une hypothèse, d'autant que l'ouvrage de référence n'aurait pas été publié par une maison d'édition à comité scientifique.

   Note 2. La forme "blautha (= blouse)" n'est attestée dans aucune des inscriptions en celtique, quoique le phonème -θ(th)- y soit bien possible (cf. Pierre-Yves Lambert: La Langue gauloise, éditions errance, 1995, p. 132. Ce livre peut remplacer Georges Dottin: La Langue gauloise, 1920).

   La blauda pare-fumée dont parle Yves Lavalade rappelle la blouse contre l'asphyxie, inventée en 1834, par le colonel Paulin (Larousse du XIXe siècle, s.v. blouse). L'épaisseur originelle de la toile de protection en ferait état.

   Note 3. Pour l'anecdote, lors d'un séjour à Limoges, l'auteur de ce billet a bien vu et entendu cet accordéoniste en blouse.

   Tout élément de vocabulaire, même futile, dialectal ou vieilli, exprime une culture. Toute curiosité philologique nous emmène au cœur de la civilisation. À la suite de mes billets sur "blouse", Patrick Corneau (cf. billet 369) m'a fait parvenir ce propos.

   Je viens de lire tes derniers billets sur quatre mots dialectaux dont "blouse", enquête fort intéressante. Cela m'a rappelé l'emploi d'un mot dans ma famille, plutôt du côté paternel, qui m'a toujours étonné : le mot "belou" pour désigner un être simple, même simplet, rustre, mal dégrossi, équivalent de "paysan" au sens péjoratif (emploi rare, aujourd'hui on dirait plutôt "plouc"). Ce serait un mot plutôt en usage dans le Poitou, je ne sais si c'est du dialectal, du patois... J'ai consulté sur Internet des forums, peu convaincants, une seule allégation m'a retenue: quelqu'un disait que Belou (Beulou) désigne un habitant du département des Deux-Sèvres (et c'est assez péjoratif). Quelqu'un dit l'avoir trouvé dans un roman de Anna Gavalda (Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, Ed. Le Dilettante, 1999): "Les Normands sont comme tous les belous, les idées, là-haut, une fois que c'est gravé..." (il s'agit d'une jeune vétérinaire qui s'installe en Normandie). (...).

   Auriez-vous, chers lecteurs, quelques lumières là-dessus?   (Fin pour "biaude")