Philologie d'Orient et d'Occident (207)

                                                  Le 11/12/2012, Tokyo   K.

Hiver précoce à Takayama, pays de l'artiste Misao Wada

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Radis et navet, par Misao Wada   

   La ville de Takayama à 570 m d'altitude, située à 300 km de la capitale, m'enchante toujours, avec ses vieux quartiers, ses sources fraîches de montagne, ses ruisseaux, ses fêtes religieuses, ses prairies dans les alentours et ses quatre saisons bien distinctes, propres à ce pays: printemps tardif, été ensoleillé, automne aux fruits divers et arbres colorés, hiver à la neige abondante. Plusieurs billets (cf. 121, 141, 143, 161) sont déjà consacrés à cette charmante ville de montagnes, sise dans le centre de l'archipel. L'auteur de cet article s'y rend mensuellement. Rentré à Tokyo il en savoure les souvenirs.

   Bassin blotti dans de hautes montagnes, la ville, d'accès naturellement difficile, fut longtemps isolée de l'extérieur. Un seul chemin de fer de ligne secondaire desservait et dessert encore activement Nagoya, du côté du Pacifique, et la ville de Toyama au bord de la Mer Intérieure, du côté de laquelle se situe Takayama.

   Voilà un peu plus de dix ans qu'un tunnel routier fut percé sous un col de la hauteur séparant, à 80 km de distance, Takayama de la ville de Matsumoto, métropole de la province de Shinano, ancien pays des chevaux (cf. billet 139). Le nouveau tunnel simplifia le trajet en voiture de Tokyo à Takayama: une heure de moins qu'auparavant.

   Quels sont les charmes de Takayama ? Bien que la facilité routière qui vient d'être créée ait rendu diffuses les anciennes caractéristiques de la vie urbaine, les gens de la ville en gardent jalousement la plupart: propreté des vieux quartiers, caractère matinal des activités (se lever tôt, être assidu, finir le travail ou fermer la boutique à 5 heures du soir), fraîcheur des denrées alimentaires, poissons en provenance plutôt de la Mer Intérieure (Toyama) que du Pacifique (Nagoya).

   Les gens de Takayama mangent bien, boivent sec mais leur souci de ne pas faire dégénérer le banquet en beuverie est tel que le processus de repas est bien codifié. Tout d'abord, avec une petite coupe de porcelaine de saké, ils mangent, assis à leur place, ce qui est mis sur un plateau de bois laqué. Après avoir été suffisamment repu, un notable (rarement une femme) entonne la première phrase de medeta, poème de célébration du génie du lieu, dont la reprise en chœur avec ensemble signifie la fin de repas et le début des libations. C'est seulement après ce rituel mélodieux, peu ordinaire pendant le repas d'autres pays, qu'on est autorisé à se déplacer de son siège pour aller échanger des coupes avec ses convives. Le ventre vide, ils ne supporteraient pas l'alcool.

   Takayama, ville studieuse, est dotée d'une belle bibliothèque municipale. Il s'agit d'une école communale de style français, mais de bois (- beaucoup d'anciennes écoles du pays étaient construites à l'occidentale -) convertie en bibliothèque. La municipalité a démoli une ancienne école fin du siècle pour en faire une réplique exacte. Que les Français viennent la voir à Takayama, Baba-machi (rue Champ Hippique) ! Ils n'auront pas de difficulté pour reconnaître, en cette bibliothèque de Takayama, un bel immeuble français à l'ancienne dont ils ne possèdent plus de pareil, reconstruit dans un pays d'Extrême-Orient.

   Née et élevée à Miya-mura, vieux village de la périphérie de la ville, notre artiste Misao Wada continue de produire des "tableaux appliqués époustouflants en vieux tissus", selon l'expression d'un bel article de Patchacha. Ce qu'elle crée n'est pas du patchwork mais du collage d'étoffes découpées, cousues. L'auteur de ce blog, depuis peu, fait accompagner avec son autorisation chaque billet d'une de ses belles œuvres.

   Jeune, elle a voyagé un an en Europe dont quelques mois en France. L'auteur de ce billet a eu, voilà cinq ans, le bonheur de la connaître et ses tableaux. On voit que sa source d'inspiration franco-japonaise n'était pas nécessairement de France mais de la ville même de Takayama, qui l'a vue grandir en perpétuant le souvenir de la France dans sa maison des livres. (À suivre).