Philologie d'Orient et d'Occident (143)
                                 Le 20/09/2011,  Tokyo      k.


Légendes de chevaux à Hida


     La vieille ville de Gujô-Hachiman, connue pour ses danses folkloriques qui animent plusieurs nuits du mois d'août, attirant dans la cité de nombreux danseurs et visiteurs, se situe au centre du département de Gifu (pays de Mino), à mi-chemin du trajet entre Kakami-ga-hara et Takayama (cf. billet 141).  La ville de Gujô-Hachiman est traversée par la Yoshida-gawa, un affluent de la Nagara-gawa, une des trois grandes rivières de Mino.
 
     À une dizaine de kilomètres en amont sur la Yoshida-gawa, il y a une halte routière, Meihô, aux confins sud du plateau de Hida. Le pays, frais et sec, était autrefois très propice à l'élevage de chevaux. Sa situation favorable à l'industrie hippique est illustrée, dans le parc de l'étape Meihô, par une statue équestre grandeur nature d'un samouraï qui vécut de la fin de l'ère Heian au début de l'ère Kamakura : Kajiwara-no Kagesue [prononcer : ka-gué-sou-é] (1162  - 1200).

     La famille de Kajiwara, originaire de l'Est (Kantô), pays de chevaux, servit d'abord les Genji (源氏 clan de Minamoto cf. billet 132), l'une des deux puissances militaires (c'est-à-dire, des chevaux), et passa ensuite à l'autre camp : les Heike (平家 clan de Taira cf. billet 130), après une bataille qui opposa les Heike aux Genji.

     En 1180, au moment de l'insurrection de Yoritomo (clan Genji) contre les Heike, Kajiwara-no Kagetoki [ka-gué-toki] (1140-1200), père de Kagésué, était du côté des Heike. Au cours d'une battue des buissons effectuée après une mêlée confuse, le père Kajiwara sauva la vie à Yoritomo, son adversaire, en difficulté. Après que Yoritomo se fut relevé et eut regagné du terrain, Kagetoki devint le fidèle conseil de Yoritomo qui fut enfin fondateur du gouvernement de Kamakura (1185) et premier général dompteur de l'Est (1192). La famille Kajiwara, aussi versée en poésie que vaillante, fut, depuis, du côté des Genji.

     Mon intention n'est pas de retracer la biographie du père du chevalier qui se tient à la halte de Meihô mais de présenter l'origine de sa monture appelée Surusumi « noir foncé ». C'est le général dompteur de l'Est, Yoritomo, qui donna le cheval Surusumi au fils de Kagetoki en récompense des hauts faits de la famille Kajiwara.
     Kagesue, aussi brave que son père, brilla plusieurs fois dans les combats avec cette belle monture d'un noir de jais. L'histoire dit que ce cheval, originaire des environs du village Meihô-Kéra, fut élevé par un paysan. Ce qui veut dire que ce pays, à la limite nord de la plaine de Nôbi et aux confins sud du plateau de Hida, pouvait founir tout ce qui était nécessaire à l'élevage de bons chevaux : de la pâture en abondance, de l'eau de bonne qualité et de bons terrains pour la course ou la gambade. Rien ne manquait dans ce pays.

     L'âge de Kamakura fut une époque mémorable pour ses chevaliers. Les samouraïs se battaient déja depuis longtemps à cheval (cf. billet 134).

     L'ancienne route qui menait du pays de Mino à Hida n'était pas celle que nous avons choisie pour aller à Takayama à bicyclette. Elle suivait à peu près le parcours actuel du chemin de fer qui longe une rivière : la Hida-gawa, affluent de la Kiso-gawa. Sur cette route, à 15 km au sud du centre-ville de Takayama se trouve le grand et vieux temple Minashi 水無, aussi appelé Suimu. Là, depuis la pose, dans l'enceinte, d'un cheval de bois sculpté par le légendaire menuisier Hidari Jingorô, au début de l'époque Édo, il y eut des dévastations dans les champs. Son cheval était tellement vivant qu'on disait que, la nuit, il parcourait les champs. On finit par lui crever les yeux. Il n'y eut plus de champs dévastés.

     Pour aller de la route nationale à Dayoshi 駄吉, le petit hameau de quinze feux (cf. billet 141), il faut passer un pont, nommé Jimma-bashi 神馬橋 « pont au cheval divin ». Le nom vient d'un souvenir du cheval, produit du hameau, qui, dans un incendie, put sauver la vie à plusieurs personnes en grand danger par un gigantesque saut acrobatique. (À suivre).